J’ai écrit ces poèmes jusqu’à l’heure où l’on ferme boutique, Jusqu’à l’heure où le coeur ralentit, où l’ennui gagne, où la poche est percée, où le Manitou se tait, où la femme murmure « j’ai peur de cette salamandre », où la tache de sang gagne les marges du corps, où le mâle et la femelle cessent de s’obéir, de se respecter, où les mots espèrent en nous le silence, où la généalogie manque autant d’ancêtres que de descendants, où la lune a cessé d’être céleste, jusqu’à l’heure où le maraudeur des marais revient couvert de morsures, où le sac de farine explose, où le baiser devient un viol, et l’incendie volontaire, où la nuit se retire, où la femme se dévoile de manière irréfutable, où les lèvres s’amincissent jusqu’à disparaître, où le rire s’éteint aussi lentement qu’un volcan, où l’encre se répand, où les larmes sont aussi rapides qu’une pluie drue d’hiver, jusqu’à l’heure qui ne veut rien dire, où l’avocat du diable commence à parler.
REGARDS PAR LA FENÊTRE
Ce que je voyais parfois, brusquement, se substituait à moi, à lui, à elle, à nous, à eux, à toi et à vous. J’étais ce que je voyais, lui aussi, comme elle, comme nous, comme eux, comme toi, comme vous. L’image brûlante avait été prise.
Ce que je voyais parfois, brusquement, me paraissait être le reflet de ce qui se situait derrière moi, derrière lui, derrière elle, derrière nous, derrière eux, derrière toi, derrière vous. Je me retournais, et fugitivement, j’apercevais, le temps d’un éclair, mais inversé, ce qui me faisait face, lui faisait face, nous faisait face, leur faisait face, te faisait face, vous faisait face.
Par-dessus l’épaule de l’homme aveugle, se devine en effet une autre vision, faite de peur, d’appréhension, de pressentiments, de prophéties, sans ordre, indispensable à notre survie à nous les voyants.
BALLES D'ORMoi aussi j'ai mon credo de poche Mais n'allez pas le répéter aux vents bavards Et à la foule qui passe On vous rirait au nez Je crois Que le soleil est un œuf de lumière Pondu par la nuit Que la prière retombe en pluie de fruits Dans la corbeille des mains offertes Que les étoiles sont des âmes qui brûlent Que la terre est une orange pour la soif de Dieu Que la fleur grimpe aux fenêtres Pour consoler l'enfant qui pleure Que la pierre est un arbre Qui n'a pas voulu croître Que la bonté est ce pays où l'on n'accède Qu'après avoir laissé tous ses bagages A la douane de la douleur Que un et un font un Même dans les luttes du plaisir Que le parfum du sacrifice Nourrit les fleurs de l'art Et qu'à force d'amour Demain il fera jour.350/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2501191190002
PIGMENTS-NEVRALGIESEn poésie, comme dans la vie, L.-G. Damas témoigne d'une humanité exposée, nerveuse, intense, brûlée par l'existence. Poésie chaude, apparentée au libre souffle du jazz, éveillée par la rencontre brutale ou tendre de l'être avec les événements du monde. Nous n'écoutons pas ici, intéressés, les cadences d'un esprit appliqué, ce sont les rythmes d'un être bouleversé que le poète sur la brèche donne à vivre aux hommes fraternels. Proche des quotidiennes, des très humaines paroles de la révolte et du don, cette poésie ouverte échappe aux calculs et aux complaisances, elle connaît la distance de l'humour, elle se dispense aussi des garanties quasi officielles des écoles. L.-G. Damas par certains côtés évoque les funambules de Laforgue, le Sportin'Life de Porgy and Bess, mais l'ironiste-mauvais garçon est aussi un militant - un des premiers - de la négritude. Il y a une solitude de Damas, qui n'est pas que littéraire, c'est aussi celle de la clameur nègre dans le monde de l'oppression. Il y a une chaleur humaine de Damas, qui n'est pas que, mondaine, elle est celle des hommes noirs imposant leur humanité à la blanche froideur des anciens maîtres. Enfin, l'événement de l'art s'affirme ici. Ces poèmes que la liberté de vivre anime gardent, depuis l'époque où Robert Desnos saluait leur apparition, la consistance des objets beaux: la vie y trouve sa rigueur, l'aventure, sa pérennité; la parole juste et vraie de L-G. Damas ne cesse pas de nous concerner.450/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2501191190001
OEUVRES COMPLETESLa brièveté de son oeuvre (3326 vers seulement) et de sa vie (il disparaît vers l'âge de trente ans, en 1463) a fait de Villon une légende. Pourquoi ses vers hantent-ils nos mémoires depuis plus de cinq siècles ? Villon : une poésie du quotidien. Lui qui a connu la prison et côtoyé la mort parle d'expérience. Il est temps pour lui de régler ses comptes. "Je, François Villon " : le caractère autobiographique assumé, dans une revendication de tous les excès, nous frappe par sa modernité et son audace. A l'opposé de l'amour courtois, Villon est un amoureux de Paris, du Paris nocturne des mauvais garçons et des filles de mauvaise vie, des déambulations et des tavernes, où riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes sont fondus dans une même mélancolie. "Mais où sont les neiges d'antan ? " Poésie de l'universel : celle du bonheur fugace et de l'amour éphémère. Poésie du corps, matérialiste et profane, qui célèbre la vie sans craindre la mort. "Autant en emporte le vent ! " Sous l'apparente simplicité de ses vers se cachent une complexité formelle et une profondeur de sens, où le lyrisme côtoie la satire, où l'ironie allège tout ce qui pèse, dans le grand éclat de rire du pendu. Au-delà de la légende du poète maudit, écoutons la beauté entêtante de sa poésie.530/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2501161190003